R E P E R T O R I O


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A M E R I C A N O


Segunda nueva época N.° 35, Enero-Diciembre, 2025

ISSN: 0252-8479 / EISSN: 2215-6143



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Apprendre une langue, comprendre une culture : l’importance du savoir-vivre et de la compétence interculturelle en Français Langue Étrangère (FLE)

Learning a Language, Understanding a Culture: The Importance of Appropriate Social Behavior and Intercultural Competence in French as a Foreign Language (FFL)

Aprender una lengua, comprender una cultura : la importancia del saber vivir y de la competencia intercultural en francés lengua extranjera (FLE)

Ivannia Macías Alvarenga

Escuela de Lenguas Modernas

Universidad de Costa Rica

San José, Costa Rica

ORCID : 0009-0002-8601-3795

Ivannia.macias@ucr.ac.cr

Résumé

L’intégration de la compétence interculturelle dans l’apprentissage du Français Langue Étrangère (FLE) vise à favoriser la compréhension mutuelle et l’acceptation des différences linguistiques et culturelles. Elle permet aux étudiants d’acquérir des repères culturels essentiels pour interagir efficacement avec des locuteurs francophones. En intégrant la compétence socioculturelle à leur parcours, les étudiants sont amenés à analyser les représentations culturelles et à déconstruire les stéréotypes. Cette démarche les conduit à adopter une posture d’ouverture et de respect, tout en développant leur capacité d’adaptation et une communication respectueuse, contribuant activement à une dynamique d’échange et de compréhension dans un environnement multilingue et interculturel. Ainsi, l’apprentissage à la compétence interculturelle devient un vecteur essentiel pour promouvoir la tolérance et la solidarité entre les cultures. Grâce à cette dimension interculturelle, les étudiants en FLE apprennent à connaître la culture de l’Autre, deviennent plus empathiques et comprennent mieux les comportements d’autrui. De plus, cette composante leur permet d’établir des comparaisons utiles pour mieux saisir les différences et similitudes entre les cultures, tout en leur offrant l’occasion de partager certains aspects de la leur. Cette interaction interculturelle est essentielle pour établir des liens, se faire des amis et contribuer activement à l’échange culturel. En somme, l’intégration de la compétence interculturelle dans l’apprentissage du FLE constitue un outil pour développer des aptitudes sociales, renforcer la compréhension des autres et promouvoir une communication plus harmonieuse entre les cultures.

Mots-clés : compétence interculturelle, savoir-vivre, enseignement-apprentissage, Français Langue Étrangère (FLE), ouverture, adaptation, apprentissage, culture, documents authentiques, échanges

Abstract

The integration of intercultural competence into French as a Foreign Language (FFL) learning aims to promote mutual understanding and the acceptance of linguistic and cultural differences. It enables students to acquire essential cultural reference points for effective interaction with Francophone speakers. By incorporating sociocultural competence into their learning journey, students are guided to analyze cultural representations and deconstruct stereotypes. This approach encourages them to cultivate an open and respectful attitude while enhancing their adaptability and communication skills. This actively contributes to a dynamic of exchange and understanding in a multilingual and intercultural environment. Consequently, acquiring intercultural competence is essential for fostering tolerance and solidarity among cultures. Through this intercultural dimension, FLE students gain insight into the culture of the Other, develop greater empathy, and improve their understanding of other behaviors. Furthermore, this component allows them to make valuable comparisons, thereby enhancing their understanding of the differences and similarities between cultures, while also providing them the chance to share certain aspects of their own. This intercultural interaction is vital for fostering connections, forming friendships, and actively engaging in cultural exchange. In essence, incorporating intercultural competence into FLE learning serves as a means of developing social skills, enhancing understanding of others, and fostering more harmonious communication between cultures.

Keywords: intercultural competence, savoir-vivre, teaching-learning, French as a Foreign Language (FLL), openness, adaptability, learning, culture, authentic documents, exchanges

Resumen

La integración de la competencia intercultural en el aprendizaje del Francés Lengua Extranjera (FLE) busca favorecer la comprensión mutua y la aceptación de las diferencias lingüísticas y culturales. Esta permite a los/las estudiantes adquirir referentes culturales esenciales para interactuar eficazmente con hablantes francófonos/as. Al integrar la competencia intercultural a su cotidianeidad, los/las estudiantes son orientados a analizar las representaciones culturales y a deconstruir estereotipos. Este acercamiento los lleva a adoptar una posición de apertura y de respeto, al desarrollar su capacidad de adaptación y una comunicación respetuosa, contribuyendo así activamente a una dinámica de intercambio y de comprensión en un ambiente multilingüe e intercultural. De esta manera, la adquisición de la competencia intercultural se convierte en un vector esencial para promover la tolerancia y la solidaridad entre las culturas. Gracias a esta dimensión intercultural, los/las estudiantes de FLE aprenden a conocer la cultura del Otro, se vuelven más empáticos y comprenden major los comportamientos de los otros y otras. Además, este elemento les permite establecer comparaciones útiles para asimilar mejor las diferencias y similitudes entre las culturas, al darse la ocasión de compartir algunos aspectos de la propia cultura. Esta interacción intercultural es fundamental para crear lazos, hacerse de amigos y contribuir activamente al intercambio cultural. En síntesis, la integración de la competencia intercultural en el apredizaje de FLE constituye una herramienta para desarrollar aptitudes sociales, fortalecer la comprensión de las demás personas y promover una comunicación más armoniosa entre las culturas.

Palabras clave: competencia intercultural, saber vivir, enseñanza-apredizaje, francés como lengua extranjera (FLE), apertura, adaptación, aprendizaje, cultura, documentos auténticos, intercambios

Dans un monde de plus en plus mondialisé, où les flux d’échanges de personnes, de biens, de services, de produits et d’informations ne cessent de s’intensifier, les déplacements géographiques, qu’ils soient nationaux ou internationaux, se multiplient à un rythme croissant.

Cette intensification des mobilités favorise l’ouverture des frontières, la traversée des continents et, par conséquent, des interactions toujours plus fréquentes entre groupes sociaux issus de cultures différentes. Ces contacts créent des contextes de communication variés, où les échanges entre locuteurs natifs et non natifs deviennent non seulement fréquents, mais aussi indispensables.

Dans ce contexte international, les interactions -qu’elles soient motivées par des raisons professionnelles ou personnelles- s’effectuent désormais de manière directe et spontanée. Ainsi, la communication naturelle entre personnes de cultures diverses s’impose comme une réalité incontournable.

Aujourd’hui, ces échanges tendent à se faire dans différentes langues, selon le contexte. Il est donc fréquent que la conversation se déroule dans la langue de l’un des interlocuteurs ou dans une troisième commune. D’où l’importance croissante de la maîtrise d’une langue étrangère (L2) et de la capacité à la mobiliser de manière pertinente.

Ces contacts offrent l’opportunité de découvrir des codes sociaux, des pratiques culturelles, des modes de communication et des styles de vie qui peuvent varier sensiblement d’un pays à l’autre, voire d’un groupe social à l’autre. Cela met en évidence l’importance croissante de la compétence interculturelle dans un monde diversifié, où la compréhension de l’Autre devient essentielle pour une communication réussie.

Cependant, face à l’intensification des contacts interculturels, les risques de malentendus et de tensions deviennent évidents. Rencontrer des personnes issues de contextes géographiques et culturels divers entraîne non seulement des défis linguistiques, mais soulève également des enjeux complexes liés aux différences de perception, de valeur et de modes de communication. En l’absence d’une réflexion sur la diversité culturelle, ces différences peuvent devenir sources d’incompréhensions et de stéréotypes, entravant ainsi une communication harmonieuse.

Compte tenu de ces écarts entre la culture d’origine et la culture cible, une prise en compte en amont de la dimension interculturelle dans l’enseignement-apprentissage d’une langue étrangère est donc indispensable. Une telle approche enrichit considérablement les connaissances des apprenants sur la culture cible tout en développant leur capacité à observer, analyser et comprendre des réalités culturelles. Elle permet également de prévenir l’usage de stéréotypes, en particulier lorsque les apprenants sont confrontés à des situations inhabituelles qui pourraient générer incompréhension ou jugement erroné, faute d’expérience ou d’informations.

Intégrer la dimension interculturelle en cours de L2 contribue à établir des échanges ouverts et respectueux entre cultures ce qui devient bénéfique en soi. En renforçant la compréhension mutuelle, elle permet de tisser des liens qui évitent les malentendus et de créer des liens authentiques. Toutefois, mal gérée, cette dimension peut entraîner des frustrations et tensions conduisant parfois à des attitudes de rejet telles que l’intolérance ou à l’ethnocentrisme.

Pour faciliter cette intégration, il est essentiel de tenir en compte les représentations initiales des apprenants. Une exploration de leurs connaissances préalables permet d’adapter les processus d’apprentissage à leurs besoins culturels et de prévenir les obstacles susceptibles de compromettre leurs interactions avec des locuteurs natifs.

Ces représentations prennent souvent forme à travers les images issues de ce qu’ils ont vu, lu ou entendu à propos de cette culture. Elles sont généralement influencées par la socialisation familiale, le parcours scolaire, les médias ainsi que les expériences personnelles ou celles de leur entourage.

Comme le souligne Ross Steele, écrivain et professeur honoraire de français à l’Université de Sydney, ces représentations peuvent parfois être « […] le fruit du processus de socialisation familiale de l’instruction scolaire et des images médiatiques [parfois stéréotypes, voire éloignées de la réalité] que privilégient les faits divers, les conflits, […] » (1996, cité par Romero, 2019, p. 9). Ces représentations, souvent biaisées, risquent de réduire la perception nuancée de la culture et de ses locuteurs.

D’où l’importance de confronter les apprenants à la réalité de la culture cible, afin de construire des passerelles leur permettant d’accéder à une compréhension plus nuancée et objective de l’Autre.

Or, toute pratique linguistique est indissociable d’un univers culturel. C’est pourquoi l’intégration d’une dimension interculturelle forte dès la première année d’apprentissage d’une L2 s’avère essentielle. Elle permet non seulement de créer des liens significatifs entre les apprenants et la culture de l’Autre, mais également d’améliorer l’efficacité de la communication en facilitant la compréhension des codes sociaux et des comportements propres à la culture cible.

Cette compétence devient ainsi un atout majeur pour les étudiants, en particulier pour ceux qui visitent la France pour la première fois, -que ce soit pour le plaisir ou dans le cadre de leurs études-, qui séjournent en famille d’accueil ou qui postulent à un poste d’assistant d’espagnol dans ce pays. Ces étudiants sont confrontés à la nécessité de maîtriser non seulement la langue française, mais aussi les codes sociaux et culturels propres aux locuteurs natifs. Dans ce contexte, le développement de la compétence interculturelle représente un enjeu majeur, tant pour leur formation professionnelle que pour leur intégration dans un monde marqué par les échanges culturels.

En prenant conscience de sa propre culture et en la mettant en relation avec celle de l’Autre, les apprenants développent non seulement leurs compétences linguistiques, mais aussi une plus grande capacité d’adaptation dans des contextes culturels variés. Cette immersion culturelle, -résultat d’une symbiose entre la culture d’origine et la culture cible-, favorise une attitude plus ouverte, tolérante et respectueuse.

Josette Virasolvit, enseignante, formatrice et coordinatrice à l’Université de Bourgogne (France), dans son article Quel interculturel dans la classe de FLE ? Analyse et propositions de scénarios, affirme que :

Dans une situation d’interaction, le seul code linguistique ne suffit pas à percevoir et construire le sens du discours. Les actes de parole en interaction, que ce soit en situations de survie, à visée pratique dans le cadre d’échanges ou de séjours courts dans le pays de la langue cible, mettent ainsi au premier plan la nécessité de la maîtrise d’une compétence interculturelle au quotidien. (2013, p. 68)

De son côté, Christian Puren, professeur émérite à l’Université de Saint-Étienne (France), définit cette compétence interculturelle, dans son article La compétence culturelle et ses composantes, comme :

La capacité à gérer les phénomènes de contact entre différentes cultures lorsque l’on communique avec des étrangers dans le cadre de rencontres ponctuelles, d’échanges, de voyages ou de séjours touristiques, en particulier en repérant les incompréhensions causées par ses représentations préalables de la culture de l’autre, et les mécompréhensions causées par les interprétations faites sur la base de son propre référentiel culturel. (2013, p. 4)

L’objectif ultime est que les personnes impliquées dans ces processus, -que ce soit en cours de L2 ou ailleurs-, soient capables de reconfigurer leur propre vision et compréhension du monde. Il ne s’agit pas tant d’un choc des cultures que d’une rencontre entre individus culturellement différents. Devenir interculturel, c’est devenir sensible aux variables de l’Autre, les intégrer et y répondre de manière adaptée selon les contextes rencontrés.

Comme l’indique Maddalena de Carlo, professeure d’anglais comme langue étrangère pour enfants, auteure de l’ouvrage L’interculturel - Didactiques des langues étrangères, le point de départ du processus vers « une éducation interculturelle viserait donc, d’une part, à faire supporter aux élèves l’insécurité causée par l’inconnu ; d’autre part, elle devrait les conduire à généraliser les expériences de contact avec la culture étrangère, sans tomber pour autant dans le piège du stéréotype » (2012, pp. 44-45).

Les cours de L2 doivent ainsi promouvoir des valeurs fondamentales telles que la tolérance, le respect de la diversité culturelle et l’ouverture à l’Autre. Dans cette perspective, la compétence interculturelle devient une aptitude incontournable que tout apprenant en langue étrangère se doit de développer. Elle lui permet de mieux appréhender les exigences des interactions sociales et culturelles, en s’adaptant aux normes, aux pratiques et aux contextes propres à la culture cible.

Cette approche rejoint la vision de Claire Kramsch, professeure émérite à l’Université de Californie à Berkeley (États-Unis), qui souligne que l’enseignement d’une L2 doit partir de la conception de langue comme pratique sociale, situant les formes grammaticales dans leur contexte social et culturel d’éclosion, plutôt que de se baser exclusivement sur les mots et les phrases pour lui donner un sens (2014, p. 251).

Acquérir une langue étrangère, c’est entrer en contact avec l’Autre à travers sa langue, son histoire et ses codes sociaux. Ce processus va bien au-delà d’un simple échange d’informations : il repose sur une dynamique où langue et culture sont indissociables. Dans ce sens, l’apprentissage d’une L2 joue un rôle clé dans le développement d’une vision plus nuancée du monde et d’une plus grande capacité d’adaptation face aux défis du monde contemporain.

Aller à la rencontre de l’aspect culturel dès le début de l’apprentissage d’une L2, permettra aux apprenants de mieux comprendre certains comportements perçus initialement comme inhabituels. Plutôt que d’être intolérants envers l’Autre, ils apprendront à réagir de manière appropriée, selon les codes sociaux de la culture cible.

Dans ce contexte, adopter une approche pédagogique qui intègre pleinement la dimension culturelle dans l’enseignement des langues étrangères ne vise pas uniquement à la maîtrise linguistique, mais également à l’appropriation de valeurs, traditions et comportements propres à la culture cible. Créer des espaces d’interaction et d’échange permettant aux apprenants de confronter leur culture à celle de la langue cible, de valoriser leurs différences et de promouvoir la compréhension mutuelle devient donc essentiel.

Les activités et les supports pédagogiques utilisés en classe de FLE doivent s’appuyer sur des contenus à visée culturelle afin de favoriser à la fois la découverte de la culture cible et la prise de conscience de la culture d’origine des apprenants. Dans son ouvrage Français Langue étrangère (FLE), L’approche culturelle et interculturelle, Florence Windmüller, docteure en Sciences du Langage et spécialiste en FLE, souligne qu’il est donc crucial que « les apprenants puissent travailler à partir de leur perception d’eux-mêmes et de l’Autre, et que ces points de vue puissent être restitués, relativisés et corrigés » (2011, p. 40).

Dans cette perspective, elle insiste sur l’importance d’aborder certains contenus incontournables en classe de FLE : la découverte des coutumes et traditions de l’Autre, la confrontation des stéréotypes et des clichés, la sensibilisation à l’arbitraire des systèmes de référence culturels, ainsi que l’analyse des imaginaires socioculturels qui sous-tendent les discours (Windmüller, 2011, p. 10).

L’usage de documents authentiques (publicités, vidéos, journaux télévisés, interviews, chansons, etc.) est vivement recommandé pour atteindre ces objectifs. En les exploitant, il devient possible de créer un véritable parcours interculturel, rapprochant la culture des apprenants de la culture cible de manière plus vivante et signifiante.

Cependant, le recours aux documents authentiques ne suffit pas. Windmüller souligne aussi l’importance des activités biculturelles, incluant, lorsque cela est possible, la participation de locuteurs natifs ou de francophones au sein du groupe classe. Une telle interaction favorise les échanges directs entre les cultures et offre aux étudiants un espace propice à la découverte et à la compréhension de l’Autre (Windmüller, 2011, p. 42).

Ces supports favorisent la comparaison entre différentes représentations culturelles et aident à illustrer, -voire à déduire-, certaines règles de savoir-vivre propres à une société donnée. En exposant les apprenants à des matériaux issus de la vie réelle, on les immerge dans un univers linguistique et culturel plus authentique, crédible et stimulant.

L’éducation à la compréhension interculturelle constitue un levier essentiel pour favoriser la compréhension mutuelle entre cultures, tout en valorisant la diversité linguistique et culturelle. Elle doit être envisagée comme un outil de réflexion et d’action, permettant aux apprenants de prendre conscience de leur propre système de références et d’adopter une posture d’ouverture et de respect face à la différence.

Toutefois, la compétence interculturelle ne se limite pas à la simple connaissance des valeurs et traditions d’un pays : elle se traduit aussi par les comportements adoptés au quotidien lors des interactions avec l’Autre. C’est précisément dans cette dynamique que la conception du savoir-vivre prend tout son sens.

Le savoir – vivre en classe de FLE

Cette dimension comportementale s’inscrit dans le cadre « savoir se comporter » défini dans le Cadre européen commun de référence pour les langues (ci-après CECRL) comme :

la connaissance des règles de savoir-vivre et de leurs variations, des conventions sociales, des formes langagières convenables à la situation, des références relatives à l’identité nationale ou culturelle, les différences notables entre la culture cible et celle de l’apprenant et la conscience interculturelle. (2001, p. 123)

Dans cette perspective, le savoir-vivre joue un rôle fondamental dans la construction d’un vivre-ensemble harmonieux. Il repose sur un ensemble de bonnes manières pour mieux faire société qui guident nos interactions avec les autres, que ce soit à la maison, entre amis ou dans un cadre professionnel. Il s’agit avant tout de prendre conscience que nous ne sommes pas seuls au monde et que les autres méritent notre respect et considération. Dès lors, l’objectif fondamental du savoir-vivre et de la politesse est de favoriser le respect mutuel, clé d’une communication harmonieuse et d’un véritable échange interculturel.

Au cœur de l’apprentissage d’une langue étrangère, les apprenants sont ainsi confrontés à des situations qui révèlent les comportements des locuteurs, reflet de leur mode de vie, de leurs croyances, de leur vision du monde et de leur manière d’être et d’agir dans leur environnement quotidien.

Les manières d’agir et d’interagir, profondément ancrées dans le mode de vie d’une société, peuvent, si elles sont mal comprises, devenir des zones sensibles dans les relations interculturelles. Cela vaut autant pour les interactions au sein de la famille, entre amis, à l’école ou dans le quartier. Mais c’est aussi là tout l’intérêt de l’apprentissage d’une langue étrangère : s’ouvrir à d’autres manières de vivre, découvrir de nouveaux codes culturels et s’enrichir personnellement au contact d’une autre vision du monde.

Dans cette optique, il s’agit de préparer les étudiants à devenir de véritables acteurs sociaux, capables d’adapter leurs attitudes et comportements aux normes sociales de la culture cible. Le savoir-vivre devient alors une composante indispensable de l’apprentissage d’une langue étrangère, car il englobe la compréhension des comportements culturels, des relations interpersonnelles et des rituels sociaux propres à chaque société.

Son intégration dans l’enseignement des langues devient ainsi essentielle, notamment dans les cours de FLE, où les étudiants sont amenés à aller au -delà de l’apprentissage strictement linguistique. Cette approche leur permet de développer une compréhension approfondie des coutumes, de l’histoire et des modes de vie d’autrui, les préparent ainsi à interagir plus efficacement avec des interlocuteurs issus d’autres horizons culturels. Elle les aide à anticiper d’éventuels malentendus et à éviter les blocages nuisant à la fluidité des échanges sociaux.

En développant leur compétence interculturelle, ils pourront mieux appréhender les spécificités culturelles françaises et adapter leur comportement aux normes sociales du pays. Cette approche leur permettra de mieux s’adapter à la culture française grâce à l’enrichissement de leur compréhension interculturelle.

Dans cette optique, le rôle des enseignants de FLE est central. En tant que médiateurs entre les apprenants et la culture cible, leur mission, - du moins dans le cadre de cette analyse -, est d’initier les étudiants aux réalités sociales, aux comportements et aux manières d’agir en France. Pour cela, les enseignants doivent mobiliser des outils didactiques adaptés, visant à guider les apprenants vers la compétence interculturelle et à leur offrir une vision plus concrète et nuancée de l’Autre.

Il est donc crucial d’adopter une approche pédagogique valorisant la diversité, encourageant le dialogue interculturel et formant les apprenants à devenir des citoyens conscients, respectueux et solidaires dans un monde globalisé. En ce sens, comme le souligne Émile Benveniste, l’un des plus grands linguistes français, la langue est indissociable de la culture, car elles sont « les deux facettes d’une même médaille » (1976, cité par Blanchet, 2004-2005, p. 6).

Dans cette perspective, l’enseignement des langues étrangères, ancré dans les principes de la didactique culturelle, doit offrir aux étudiants – dès la première année – une immersion dans des situations de la vie quotidienne où les composantes culturelles sont pleinement intégrées. Ces expériences permettent non seulement de sensibiliser les apprenants aux pratiques culturelles et aux représentations de l’Autre, mais aussi de poser les bases d’une vision plus ouverte et nuancée de cette culture. Les activités pédagogiques, telles que des jeux de rôle, des analyses de documents authentiques ou des débats interculturels, deviennent alors des moyens essentiels pour favoriser cette découverte.

Dans cette dynamique, les étudiants construisent également des compétences éthiques et citoyennes. Comme le rappelle C. Puren : « il ne s’agit alors ni de minimiser la différence entre les cultures, ni de rejeter sa propre culture, mais de composer avec, de réfléchir avec la culture d’autrui et la sienne propre [...] » (2002, pp. 55-71). Les supports proposés doivent donc être pensés comme de véritables outils pédagogiques permettant d’analyser la culture française sous un angle social, linguistique, politique et culturel, tout en valorisant la diversité culturelle.

Cette conscience interculturelle est définie dans le Chapitre 5.1.1.3 (Prise de conscience interculturelle du CECRL) comme : « la connaissance, la conscience et la compréhension des relations, (ressemblances et différences distinctives) entre « le monde d’où l’on vient » et « le monde de la communauté cible » » (2001, p. 83).

Si les langues peuvent être apprises, il en va de même pour le savoir-vivre. Il est donc essentiel, autant que possible, une immersion culturelle authentique dans la classe de langue étrangère. Cette immersion, facilitée par les échanges entre les participants à la communication, permet de créer des liens, de mieux comprendre l’Autre et d’enrichir la culture de chacun.

Apprendre une langue étrangère en classe aujourd’hui ne se résume pas à la simple maîtrise des structures linguistiques, mais constitue un véritable voyage interculturel porteur de transformation. Cet apprentissage est une invitation à s’ouvrir à d’autres mentalités et à mieux appréhender le monde qui nous entoure. En favorisant la rencontre avec l’Autre, il contribue à une éducation fondée sur le respect mutuel, la tolérance et la compréhension interculturelle, préparant les apprenants à évoluer dans un environnement profondément multiculturel.

Myriam Denis, directrice adjointe de la communication à l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (France), met en avant l’importance de cette dimension interculturelle dans l’apprentissage en classe de langue. Dans son article Former les élèves à l’interculturel publié dans l’édition n°44 de la revue Dialogue et culture, elle affirme que « le cours de langue constitue un moment privilégié qui permet à l’étudiant de découvrir d’autres perceptions et classifications de la réalité, d’autres valeurs, d’autres modes de vie », et ajoute qu’ « apprendre une langue signifie entrer en contact avec une nouvelle culture » (2000, p. 62).

Face à cette réalité, l’acquisition d’une L2 devient un outil essentiel qui non seulement ouvre de nouvelles opportunités sur le marché du travail, mais facilite également les interactions quotidiennes et les échanges culturels entre les sociétés partageant cette langue.

Cependant, pour que ces échanges soient réellement fructueux, il ne suffit pas de maîtriser la langue : il faut aussi en comprendre les subtilités culturelles. L’apprentissage d’une L2 ne doit donc pas se limiter aux structures grammaticales et au vocabulaire, mais intégrer les attitudes et comportements des locuteurs natifs dans leurs interactions, qu’elles soient verbales ou gestuelles.

Dans cette optique, la classe de L2 devient un espace privilégié où les apprenants peuvent expérimenter des situations authentiques, reflétant les modes de pensée et les comportements des locuteurs de la langue visée. Une telle approche leur permet de mieux comprendre la vision du monde, les croyances, traditions, les coutumes et les manières d’être et d’agir de la culture cible. Cette expérience favorise non seulement la prise de conscience de la diversité culturelle, mais aussi une meilleure compréhension de sa richesse et de sa complexité.

Dans un monde en constante évolution, cette notion est plus que jamais d’actualité. Les compétences de vie sont désormais essentielles pour s’intégrer et réussir aussi bien sur le plan social que professionnel. Ainsi, la compétence interculturelle s’impose comme un élément incontournable de l’apprentissage des langues étrangères, alliant la compétence communicative aux spécificités culturelles, aux interactions sociales et aux comportements rituels.

F. Windmüller, insiste sur la nécessité de former l’apprenant « […] à reconnaître, accepter et comprendre les membres de la culture étrangère comme des individus appartenant à une culture spécifique, y compris la sienne ». Elle souligne également l’importance « d’amener l’apprenant à relativiser les spécificités culturelles de sa culture maternelle et à viser la compréhension mutuelle » (2011, p. 30).

Cette vision est partagée par Fatima Zohra Fourar, Professeure de FLE et Docteure en Science du Langage, qui affirme que :

Dans le milieu de l’enseignement – apprentissage de langues étrangères, on reconnaît que les apprenants n’ont pas seulement besoin de connaissances linguistiques et grammaticales de la langue cible, mais aussi avoir la capacité d’utiliser la langue dans des situations sociales et culturelles données. (Résumé, 2018, para. 1)

Bien plus qu’un simple outil de communication, la langue constitue un véritable pont vers une compréhension approfondie des réalités humaines et culturelles. En classe de L2, la compétence interculturelle joue un rôle fondamental, non seulement pour faciliter les interactions, mais aussi pour mieux interpréter les comportements et mieux appréhender sa propre identité culturelle. Apprendre une langue étrangère, c’est aussi s’ouvrir à l’Autre tout en enrichissant sa propre culture.

L’éducation à la compétence interculturelle est essentielle pour favoriser une meilleure compréhension mutuelle et une acceptation des différences culturelles et linguistiques dans nos sociétés contemporaines. Lorsqu’ils seront confrontés à des échanges avec des locuteurs natifs francophones, les étudiants auront déjà acquis une certaine connaissance de la culture française, grâce à leur parcours académique et à leurs expériences personnelles.

Dans cette perspective, l’éducation à la compréhension interculturelle doit être envisagée comme un outil de réflexion et de pratiques visant à sensibiliser les apprenants et à encourager une prise de position responsable envers soi-même et envers autrui. Elle permet non seulement de mieux comprendre l’Autre, mais aussi de se libérer des stéréotypes et des préjugés sur les autres et sur soi-même.

L’intégration de cette approche chez les étudiants de FLE leur permet de développer des connaissances sur la culture cible, notamment ses coutumes et son histoire. Ces savoirs les aideraient à communiquer efficacement avec des interlocuteurs issus d’un contexte social différent et à adopter des comportements adaptés dans une société distincte.

Par ailleurs, le professeur de langue joue un rôle central dans cette sensibilisation. Il doit être déclencheur de réflexion qui s’intensifie dans le futur, notamment dans un monde marqué par la résurgence du racisme et de l’extrémisme. Ainsi, la classe de langue devient un espace particulièrement propice pour promouvoir l’intercompréhension, la tolérance et la solidarité entre les peuples.

L’étude de la culture cible en classe de FLE contribue à dépasser les évidences et à encourager une réflexion sur l’importance d’accepter les différences. La compétence socioculturelle dans l’apprentissage des langues étrangères représente une approche essentielle favorisant l’acquisition et la mobilité de l’oral en fonction de normes sociales et linguistiques de la langue cible.

Nous espérons que cette réflexion permettra aux enseignants de mieux comprendre l’importance et l’utilité de l’interculturel dans l’apprentissage du français langue étrangère, la découverte des spécificités culturelles du monde francophone et l’acquisition des savoirs nécessaires pour s’y adapter. En ce sens, l’aspect culturel est fondamental pour développer des attitudes appropriées et réussir une interaction sociale multilingue adaptée.

Cet article vise donc à ouvrir la voie vers un processus éducatif où l’interculturel occupe une place centrale, permettant aux apprenants de mieux comprendre et intégrer les dynamiques linguistiques et culturelles dans leurs échanges. Aussi gardons-nous l’espoir que ce travail encourage la conception d’une séquence pédagogique axée sur le savoir-vivre à table en France, dont la publication prochaine proposera aux enseignants des outils pratiques pour aborder ce thème en classe de FLE.

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Fourar, F. Z. (2018, 21 mars). Le CECRL : un lieu de rencontre interculturelle. Exemple de Taoki et compagnie / Les Loustics dans le système éducatif algérien. AJCCREM.


Recibido: 22 de mayo, 2025

Aceptado: 20 de Agosto, 2025


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